Je suis une légende
Un film américain de Francis Lawrence avec Will Smith, Alice Braga, Charlie Tahan
Genre : Fantastique - Durée : 1H40 mn
Sortie le
19 Décembre 2007
Il est de ces films que l’on attend depuis des années, sans jamais en voir le bout. De The Fountain à Batman Begins, Je suis une légende fait parti de ces Duke Nukem de l’empire Cinéma. Initié en 1997 aux mains de Ridley Scott, l’adaptation du livre culte de l’américain Richard Matheson, paru en 1954, ornait en tête d’affiche le très prolifique et surexploité Arnold Schwarzenegger. S’ensuit dès lors une succession de problèmes budgétaires et scénaristiques, qui vont faire de l’œuvre prévue un fantastique passé de mains, avec entre autre une récupération de Rob Bowman, Michael Bay, pour finir sous la coupe de Francis Lawrence, réalisateur du décevant Constantine, appuyé d’une part par le scénariste Akiva Holdsman (Un homme d’exception), et d’autre part de Will Smith en rôle titre, souhaitant alors orienter le long métrage dans la veine de « Le Survivant », de Boris Sagal.
"Ce film m'a permis de faire une incroyable exploration de moi-même," explique alors l’acteur. "Car vous vous retrouvez dans une situation où vous n'avez personne en face de vous pour vous aider à créer une dynamique. Vous devez créer le stimulus et sa propre réponse à vous tout seul. Et à ce moment là, il faut se recentrer sur soi-même, se mettre dans un certain état d'esprit et se laisser imaginer des choses qui ne nous seraient pas venues à l'esprit. Ce film, c'était ça : une incroyable exploration de ce qui arrive à l'esprit humain quand il essaye de se défendre.".
Appuyé par un budget mirobolant de 150 millions de dollars, la réalisation du film, pourtant sans un grand nombre de dialogues, a nécessité quelques sept mois de tournage et huit mois de postproduction, le tout orchestré dans la plus grande discrétion, pour éviter que des informations sur le projet ne soient révélées.
Et si la seconde partie du film est nettement moins bien négociée que la première, emplie de visions fétiches incroyables d’un New York apocalyptique orné de jeux de silence bluffant et de lumière, Je suis une légende stagne entre déception et coup de génie, entre réussite et échec limité, entre beauté visuelle et scénario sous exploité.
Synopsis : Robert Neville est le dernier homme à hanter les ruines de New York, peut être le seul homme sur Terre. Ancien savant de renommée mondiale, il est alors immunisé contre un virus incurable d’origine humaine, qui a causé la perte apparente de l’humanité. Chaque jour depuis trois longues années, il diffuse un message radiophonique dans l’espoir de trouver d’autres survivants. Mais si personne ne répond, Neville n’est pas seul. Victimes de cette version modernisée de la peste, différents mutants, contaminés, rôdent dans les bas fonds de la grosse pomme.
Le compte à rebours touche à sa fin, Neville se consacrant tout entier à sa mission fixée : Mettre un terme à l’arborescence du virus et trouver un antidote. Mais aura-t-il le temps de parvenir à ses fins ?
Avis : Avant toutes critiques possibles sur le film, je tiens dans un premier temps à souligner que je n’ai pas lu l’œuvre originale. Quand bien même cela aurait été le cas, j’aime à penser qu’il est meilleur de tout point de vue de critiquer ce qu’est le film, et non ce qu’il aurait du/pu être. A bon entendeur.
Je suis une légende, c’est un peu ce blockbuster de fin d’année que tout le monde attendait de loin, entre deux films de Noël. Une fois installé confortablement sur les sièges rembourrés du cinéma local, force est de constater que la découverte progressive des premières images du film donne l’approche, le « la » technique, a forciori superbe.
On assiste lambda à l’exploration graduelle d’un New York sans vie humaine, jonché d’une faune et d’une flore sauvage plus que jamais présente, et d’une exceptionnelle qualité. Il en aura fallu des millions à débloquer pour effacer les multiples passants, fans, et autres animaux célestes, pour donner de la crédibilité à cette grande fresque de la solitude. Et c’est chose faite, d’autant plus sur un grand écran.
Pour renforcer ce côté fondamentalement désagrégé du film, l’absence de bande sonore dans un premier temps tombe à point, et se fond parfaitement dans la ligne droite de l’œuvre, si bien que lorsque la véritable bande originale démarre, on en viendrait presque à la refuser, d’autant plus que celle-ci reste profondément classique et peu intéressante musicalement.
Outre ces plans grandioses de la grosse pomme revisitée comme jamais, la plupart des effets spéciaux se sont portés sur la formation des créatures, sortie de zombies surévolués mutants ultra agressifs, présentant le devenir de l’humanité. Et le bas blesse, puisque malheureusement, ceux-ci ne sont crédibles à aucuns moments. En effet, l’incrustation souvent douteuse, s’accumule à des textures souvent contestables et dispensables, pouvant presque vous arracher un pouffement distingué sur certaines scènes finales.
Mais ne nous y trompons pas, je suis une légende n’est pas, et de loin, un film d’action. Il est avant tout une ode à la retranscription de la solitude sur grand écran, avec une déconcertante facilité. L’acteur principal, célébrissime Will Smith, n’y est pas étranger. Donnant profondeur et folie à son personnage tourmenté par l’isolation, l’interprète s’offre l’un des rôles les plus marquants de sa très prolifique carrière, allant bien plus loin que ses ersatz d’émotions, au sein de quelques comédies potaches. A ses cotés, une présence canine discutable, viendra néanmoins accentuer la portée du jeu de l’acteur, entre personnification de l’animal, et ce seul rattachement à la vie qu’il mène.
Et si le film s’offrait une photographie exemplaire, et aurait pu opposer bien plus l’homme seul et ses comparses vampiriques, le scénario en décidera tout autrement. Profond point noir du film, hyper déjà vu, (re)revisité, dans la mouvance du revival porté par la saga des 28, et autres, le canevas du pauvre s’enfoncera lamentablement dans la deuxième partie, venant titiller, puis énerver le spectateur, à coup de grande morale religieuse totalement en décalage avec une première fraction de l’œuvre, fondamentale, et exquise, amenant vers un final incroyablement décevant et inutile, que l’on se refusait de voir et d’attendre.
Si « Je suis une légende » est un blockbuster original dans la forme, s’offrant alors une identité remarquable dans son rôle titre de superproduction hollywoodienne, il n’en reste pas moins un classique décousu dans le fond, entre référence religieuse hasardeuse, certains flash back ridicules, et quelques scènes tout à fait dispensables. Néanmoins, la seule prestation de Will Smith au sein de cette forteresse new-yorkaise de la solitude, accumulée à une première partie exemplaire, méritent tout simplement de s’y attarder, et pourquoi pas, aisément de se laisser tenter.
Du bel ouvrage.
Intérêt global du film : 3,25/5