Lions et agneaux
Un film américain de Robert Redford avec Tom Cruise, Meryl Streep, Robert Redford
Genre : Huit-clôt - Durée : 1H30 mn
Sortie le
21 Novembre 2007
Difficile de passer à coté d’une tendance très actuelle à la (re)découverte de la guerre des pays du pétroles face au géant américain, mise en scène avec plus moins de brio par les différents réalisateurs.
Depuis le 11 Septembre 2001, en effet, jamais les thèmes de la guerre, de la croyance et de la rédemption, n’auront autant explosés cinématographiquement et télévisuellement, de la série « Over There » au sans prétention « Jarhead », du mélodramatique « Dans la vallée d’Elah » en passant par le déplacé « Le Royaume ».
Les réalisateurs Hollywoodien voulant prendre la parole explicitent alors mal souvent leurs positions idéologiques relatives à la politique, la morale et la citoyenneté.
Intervenant avec une exemplaire sobriété, Robert Redford souligne alors, avec sa dernière œuvre derrière et devant la caméra, Lions et Agneaux que « Si cela n'avait été qu'un film sur la guerre, il ne m'aurait probablement pas intéressé parce que je sais que le traitement de ce sujet peut varier énormément avec le temps. Ce qui m'a attiré dans Lions et agneaux, c'est la façon dont il utilise la guerre comme catalyseur pour montrer trois histoires personnelles qui soulignent des problèmes importants de notre société : le rôle des médias, de l'éducation, de la politique et de la jeunesse en Amérique. Le fait que ces histoires se rejoignent en un final dramatique et poussent le spectateur à se demander où nous en sommes me semblait passionnant à explorer. »
S’offrant dès lors les appuies de la fabuleuse Meryl Streep et du non moins talentueux (et ici exceptionnellement non omniprésent) Tom Cruise, le réalisateur pointilleux et passionnant part alors en guerre contre les idées reçues, ne voulant jamais sombrer dans l’un ou l’autre des deux camps, proposant une modération à tout épreuve.
Et s’il manque à Lions et Agneaux un recul nécessaire, et une mise en scène plus agressive, on ne peut qu’être conquis devant ce déroulement tantôt exemplaire, tantôt passionnant et passionné, aux prestations exquises de qualité.
Synopsis : Six personnes, six points de vue, confronté(e)s au combat de l’Amérique contre le terrorisme.
A Washington, un sénateur ambitieux tente de vendre tant bien que mal la dernière stratégie belligérante à une journaliste critique et redoutée, engageant une véritable lutte de charme et d’intérêt.
Dans une université de la côte Ouest, un professeur idéaliste tente de convaincre un jeune étudiant libéré et blaser de réaliser son potentiel.
Enfin, de l’autre coté de la planète, dans les montages enneigés de l’Afghanistan, deux de ses anciens élèves se battent juste pour survivre.
Avis : On connaissait déjà les propensions de Robert Redford, connu pour ses positions progressistes, a placarder tant bien que mal les multiples vérités du pays, au continent Américain.
Lions et Agneaux, sa dernière production, ne va pas là où d’autres produits sont allés, en chutant de divers palliés tous plus fatigants les uns que les autres.
Si la mise en scène est parfois laborieuse, si les différents huit-clôt sont épisodiquement étouffants, d’un sénateur convaincu et une journaliste critique, à un professeur passionné et son élève à la vision trop épurée, et si l’aspect mélodramatique des deux soldats viendra gonfler plus qu’autre chose, l’obsédé textuel Robert Redford vient ici signer une œuvre d’une modération appuyée, et d’une qualité de dialogue franche et captivante.
Et pour causes, les échanges entre personnages sont succulents. D’une rare fluidité et d’une intelligence remarquable, les divers protagonistes ne cessent implicitement d’interpeller le spectateur, tant l’équilibre semble l’objectif que s’est fixé l’étonnant réalisateur, ici dans une prestation professorale agréable.
Mais de loin le plus attachant reste l’entretien entre Tom Cruise et Meryl Streep. Signant à eux deux l’intérêt global du film et offrant une aptitude de prestation respectivement rarement atteinte, Lions et Agneaux en devient didactique sans jamais fatiguer, éducatif sans jamais être poussif.
On tique facilement à toutes remarques pointues de la journaliste, on en revient rapidement à être réactif.
Bavard mais utile, tout est fait dans le but de marquer l’Amérique profonde.
Parfois redondant, la morale peu transparente du film viendra se poser dans le duo entre Redford et son élève génie. Si l’idéologie sur l’engagement, la morale, cette implication perpétuelle à chaque personne transpire d’une sincérité acceptable, cette illumination sporadique de part des scènes brouillonnes martiales viendra refroidir grandement l’impact et l’échange – puisque chacun influe les choix de l’autre – entre les deux protagonistes.
De même, on pourra regretter l’absence quasiment totale d’une bande originale, celle-ci ne participant qu’à renforcer les passages emphatique et pompeux des deux jeunes – et tout aussi inutiles – soldats.
D’autant plus, le film souffre d’un problème commun à ce genre de production ultra modérée. On ressort finalement de la séance sans trop savoir ce que l’on a vu, on en découche sans trop comprendre ce que l’on a entendu, et pour cause, le fil rouge du film semble trop ténu.
Et même si le film de Redford reste à la bouche quelques heures après la vision du film, dans un bon bar politique à la rue du coin, on s’embrouille finalement assez vite pour « pas grand-chose ».
Enfin, et même s’il ne s’agit que d’un détail, certaines scènes sont dispensables, et on pensera ici notamment à l’énumération grandiloquente du passif du jeune et beau sénateur, au sourire aussi charmant que l’inutilité de sa collection de diplôme, celle-ci ne venait ni étayer sa thèse, ni faire comprendre sa position originale.
Malgré ces quelques – et parfois relativement nombreux – défauts, Lions et Agneaux reste l’œuvre rêvée, source de contestation au typique café politique. Modérée, passionnante, relevée et servie par une interprétation superbe, la dernière production de Redford convint, suscite débat, et même si elle ne viendra pas chambouler l’Amérique profonde, a le mérite de le tenter, avec un certain brio.
Intérêt global du film : 3,5/5