(The) Invisible
Un film américain de David S. Goyer
Avec Justin Chatwin, Maggie Ma, Michelle Harrison
Genre : Thriller/Fantastique - Durée : 1H37 mn
Sortie le
18 Juillet 2007
Le film pour adolescent lambda, frustré et boutonneux, baptisé sobrement teen-movie, est un genre bien particulier propre au grand écran. Souvent empli de clichés en tout genre, l'objectif avoué de ce cadre cinématographique offre au spectateur ultra ciblé le déroulement d'un groupuscule d'adolescents, à travers leurs aléas habituels, ou en l'espèce, inhabituels.
Remake du film suédois de Joel Bergvall, lui même adapté du roman de Mats Wahl, Invisible est un nouveau passage de David S.Goyer derrière la caméra, réalisateur des très douteux "Blade", mais scénariste du non moins prolifique - et excellent - Batman Begins et cultissime The Crow.
C'est donc avec une certaine surprise que l'on retrouve l'homme à tout faire au commande d'un projet dont il n'est pas ici l'originaire scénaristique, pour un titre pseudo-novateur qui s’intègre aisément dans le genre prédéfini.
Voulant néanmoins se confiner à l’esthétisme, le tentateur réalisateur se démenait à trouver une photo originale, soulignant sa recherche perpétuelle d’une lumière particulière, et armé jusqu’au fond de la caméra, il a notamment su s’entouré pour le film du même directeur de la photographie, Gabriel Beristain, que pour Blade 2 (dont Goyer est le producteur) et Blade : Trinity (réalisateur), soulignant alors que :
" Même si nous avons des goûts assez différents, il existe une grande symbiose entre nous au niveau du travail. On se querelle parfois, un peu comme un vieux couple, mais cela reste très amical et fait bien rire tout le monde ! ".
Appuyé par Michelle Harrisson et le neuf Justin Chatwin pour illustrer ses aléas romanesques, on attendait finalement avec une certaine fébrilité ce nouveau produit, signé Goyer.
Et c’est ainsi, que bon an, mal an, Invisible s’est dénoncé lui-même comme un gâchis indigne, aussi transparent que son personnage lui-même. D’une confondante indigence, et d’une niaiserie à toutes épreuves, Invisible est un peu le « Ghost » du pauvre, ou un Sixième sens durant la grève des scénaristes : Un thriller boutonneux sous vitaminé, insipide purge débarquée en période estivale.
Synopsis : Archétype de la personnification de la popularité, en milieu scolaire ou familiale, Nick Powell a tout pour être heureux. Un soir, suite à un quiproquo douteux qui tourne mal, le jeune garçon se voit agresser en pleine forêt. Se réveillant aisément le lendemain matin, Nick comprend qu’il est devenu un fantôme, perdu entre la vie et la mort, s’offrant le luxe d’être invisible aux yeux du monde entier.
Se devant de résoudre le mystère de sa mort avant de mourir définitivement, s’ensuit alors une véritable course contre le temps, où le seul lien avec le monde réel, est la fille responsable de son agression…
Avis : Venant d’apprendre que le jeune et beau ( ?) Justin Chatwin s’offrait le luxe d’incarner le héros de bande dessinée japonaise le plus célèbre au monde, je me devais, en tant qu’inconsistant fanboy, de m’informer quelque peu sur la filmographie dudit acteur, m’offrant alors sommairement la galette Invisible, n’étant pas particulièrement réfractaire au genre qui s’annonçait déjà, le parfois frustrant teen-movie.
Le premier palier qui frappe véritablement le film, c’est son esthétisme. Particulièrement soigné, et notamment reconnaissable à travers quelques plans judicieux, le réalisateur s’est alors inspiré des maîtres de l’école hollandaise, tel Vermeer ou Lievens, qui avaient pour faculté de n’utiliser qu’une source de lumière. Certains passages se retrouvent alors particulièrement agréables à l’œil, mêlant facilement reflets brillants et montages convaincants.
Cette formulation d’un déplacement souvent aérien offre une certaine liberté au spectateur, permettant ainsi d’appuyer l’aspect sans cesse fantomatique du film.
Et si l’aspect purement technique d’Invisible est sans conteste sans point fort, il en est bien là – et malheureusement – sa seule véritable qualité.
On regrette nettement l’absence du réalisateur aux commandes scénaristiques qu’il avait pourtant tant l’habitude de manier. Métaphore brouillonne et profondément faiblarde de l’adolescence, Invisible s’inscrit dans un profond et ragoutant déjà vu. Si sur le papier, le concept, même si redondant, était prometteur, il en est tout autre une fois porté à l’écran. Et pour cause, la totalité du déroulement scénaristique se veut sans accroches aucunes, sans rebondissements quelconques, et pire encore, et c’est sans doute le plus gros défaut du film, ce dernier est affreusement lent.
Et ce n’est pas les protagonistes de l’histoire, stéréotypés et tristement manichéens, qui viendront relever ce démembrement saugrenu d’une idée sous exploitée. On y retrouve d’un coté le beau gosse poète, campé par un Justin Chatwin glacial (et parfois pompeux), une belle rebelle à la vie difficile souligné par une Harrisson peu convaincante (Cf.
« Oh, papa est sans emploi et ma mère est une alcoolique notoire »), le loubard en conditionnel, et bien entendu l’habituel looser qui viendra lancer l’intrigue (Celui que l’on garde comme repère pour sa réussite), le tout soutenu par des jeux d’acteurs particulièrement éreintants et minimalistes, et des dialogues particulièrement usants et lourdingues sur le long terme.
Point soulevant polémique, la bande originale du film est pourtant de qualité, choisissant de bons morceaux, de bons groupes, David S. Goyer, tenant alors à ce que la bande-originale du film comprenne des groupes de rock contemporains, s’appuyant entre autres sur des titres du quartet de rock de l'acteur Jared Leto. Mais malheureusement, à raison d’abasourdir de toutes les 30 secondes pour palier à une inventivité rarement aussi peu présente, on finit par s’énerver d’être pris littéralement pour des adolescents de 14 ans en furie, qui ne réfléchissent pas une seconde (On me fait signe que c’est le seul public visé, autant pour moi).
Enfin, et point assez rare pour le souligner, le choix des décors, tantôt ingénieux (Cf. La maison du protagoniste principal), tantôt maladroits, est souvent un poids qui viendra appuyer l’aventure fantomatique, intéressante et glaciale de notre jeune perdu entre le royaume des morts et le monde originel, de part un gigantisme parfois inutile, et systématique.
Parfois innovant, souvent déplacé et fatiguant, Invisible est le parfais stéréotype de l’acte manqué. Partant d’un concept original, le film ne se confondra finalement que dans le mal être, ultra-traité et de bien meilleure manière, des adolescents typiquement américains qui jonchent sauvagement notre belle planète bleue.
Coincé entre une photo superbe appuyée d’une bande originale pourtant irréprochable, et un scénario catastrophique fortement soutenu par des acteurs banalisés, un déroulement risible et dépassé, Invisible dérape, et se dépucelle dans une prestation de soliste, qui ne méritera, ni d'être vue, ni d'être espérée.
Intérêt global du film : 2/5