Quand on parle d’univers cyberpunk dans les mangas ou dans le domaine de l’animation, les premiers noms qui viennent souvent à l’esprit sont Ghost in the shell, de Masamune Shirow, et Akira, de Katsuhiro Ôtomo. Mais il existe aussi Gunnm, produit de Yukito Kishiro en 9 volumes (terminé) et une série supplémentaire affublé d’un « The Last Order » (en cours de parution), qui se trouve être – et l’on y reviendra – une réécriture du manga original.
Un peu de présentation, d’histoire et de background :

Kuzutetsu et Zalem
Tout d’abord qu’est ce que Gunnm ?
Derrière ce nom assez barbare se cache en fait l’histoire d’une guerrière cyborg répondant au doux nom de Gally, retrouvé par Ido, un cyber-docteur, dans la décharge de kuzutetsu. Amnésique, le nom de la jeune androïde lui sera donné par l’étrange docteur, qui deviendra par la suite son protecteur, lui offrant alors un nouveau corps mécanique. Mais lors d’une nuit, la jeune Gally découvre le secret d’Ido, à savoir son travail d’Hunter Warrior (chasseur de prime), se retrouvant alors malgré elle mêlée au combat. Et alors que le danger s’abat sur elle, son sang de guerrière se réveil ainsi. Elle utilisera inconsciemment une technique du Panzer Kunst, légendairement connu pour être la technique de combat la plus efficace des cyborgs, perdu depuis des siècles. Indéniablement, suite à cet événement Gally va s’engager dans la voie des Hunter Warrior afin de découvrir qui elle est et d’où viens ce savoir…
Avant d’allez plus loin il est important d’implanter l’univers. Nous sommes sur une terre désolé qui n’est plus qu’un vaste désert. Ce qui semble être la plus grande et la plus évolué des agglomérations est Kuzutestu, ville décharge s’étendant sur des kilomètres. Au dessus d’elle flotte Zalem, « L’utopie volante ». Zalem est un paradis, tous n’y est qu’idéal, nourriture, niveau de vie, personne. En effet seul se nait sur Zalem ceux qui peuvent y vivres, étant d’ailleurs marqués sur le front. Et comme tous paradis Zalem a son enfer… Kutzutestu.
La décharge reçoit tous les déchets de la ville précitée, et ses habitants n’ont que cela pour survivre. Car habiter la décharge, c’est bien survivre, la violence y est omniprésente, nombreux sont ce qui se droguent, et l’on peut être tué à chaque coin de rue sans véritables raisons. Via cela, la décharge est ainsi la représentation de ce qu’il ya de plus noir dans l’humanité, les forts sont craints et acclamés alors que les faible sont piétinés sans aucune considération. Pourtant dans cette enfer certains font tous pour trouver un petite morceau de bonheur et survivre, une façon de dire que même dans les ténèbres l’humain tend à l’espoir, qui lui permettra d’avancer.
Au milieu de tout ça Gally avance se cherchant une identité, fouillant un passé au travers des flashs de son ancienne vie, qu’elle entrevoit durant ses combat, lorsqu’elle était Yoko la guerrière marcienne.
De par ses combats et la dur vie de la décharge, Gally vivra les pires épreuves, perdra souvent le bonheur, fuira ses proches, les protégera, se battra aux limites du sacrifice, errera à en perdre son but et presque son humanité… Combattant des adversaires toujours plus fort, ayant une histoire aussi tragique et sombre qu’elle, leur situation étant alors bien souvent empirés par le Némésis de Gally le professeur Desty Nova, brillant scientifique fou de Zalem, expérimentant les pires atrocités sur les êtres qui l’entourent afin de percer les secrets du Karma.

Desty Nova, incarnation de la folie est le Némésis de Gally.
Il trouvera en Gally le parfait cobaye, ayant une telle volonté et un Karma si puissant qu’il en affecte ceux des gens qui l’entourent, il ne faisant ainsi qu’aller de plus en plus avec elle. La tuant, la ressuscitant, et l’entrainant sur Zalem juste pour l’observer et voir quelles seront ses actions dans un environnement où elle n’a pas de limites et où rien ne peut l’arrêter.
Et malheureusement nous arrivons là au point un peu décevant, le chapitre Zalem, chapitre final du manga, n’est pas à la hauteur. Répondant à certaines questions mais en en laissant encore tellement en suspend, et malgré la brève révélation du passé de Gally, cela ne nous contentera pas. On remerciera ainsi, pour ce tel raté, la maison d’édition du manga, qui avait obligé l’auteur à l’écouter…
Heureusement en 2002, Kishiro revient avec Gunnm Last Order. A proprement parlé ce n’est pas une nouvelle série puisqu’en fait Last Order efface le dernier chapitre du manga et poursuit l’histoire, étendant l’univers avec maitrise et cohérence. On apprend ainsi la façon dont fonctionne Zalem, on visite Jeru la jumelle spatiale de Zalem, le passé de Gally y est raconté depuis la toute petite enfance de Yoko (sa vie précédente), le background est étendu aux colonies spatiales (Mars, Jupiter etc…), et on finirait presque par plaindre Nova voyant à quel point Zalem peut être un jouet pour Jeru à l’image de la décharge. Véritable régal pour ceux qui ont adoré Gunnm, vous vous devrez ainsi de les lire !
Technique/Design/Graphisme :
Il n’y a pas à dire les planches sont vraiment superbes, elles fourmillent de détails. Et même si dans les plans larges les décors en fond où le personnage n’évolue pas sont assez sombres, ils n’en sont pas pour autant laissés pour compte. Mon interprétation est ainsi que cela est en fait utilisé comme effet pour surligner la noirceur de ce monde. Plus les actions engagées par les personnages ou leurs discours sont sinistres, plus le trait se fait dense, plus opaque comme pour galvaniser le sentiment de malaise. De même, quand on voit certains plans de la décharge, on peut constater une certaine irrégularité du trait surtout au début, cela s’estompant alors pour les personnages (Comme dans tous les mangas). Néanmoins cela reste quand même présent pour ce qui est des décors, participant à entretenir le coté erratique et chaotique de la décharge, où rien n’a vraiment de forme structurée, tout est un amalgame de déchets. A contrario, les quelques plans de Zalem que l’on voit dans le milieu du manga (pas ceux du bureau du GIB), sont maitrisés, parfaitement droit sans accroc, comme pour souligner un peu plus la fracture entre les deux sociétés.
Pour Last Order, les codes sont les mêmes et ils vont jusqu’à se mélanger, cela étant du à l’histoire et au fait que les sociétés spatiales, bien que sociétés les plus évoluées du monde de Gunnm sont aussi les plus cruelles. Les planches viennent alors entretenir brillamment cette perfection malsaine, qui n’a rien à envier à la décharge qui elle semble se justifier par la misère environnante.

Makaku, première personnification de l'horreur et la cruauté de la décharge. Notez le fort jeu sur les noirs.
Coté dynamique des combats, là encore le travail accompli est excellent, on ressent la rage et la puissance des coups dans le trait, la vitesse d’action se ressent bien aussi et nuit rarement à la compréhension. Sauf peut être pour des styles extrêmement rapides et complexes comme ceux que l’on voit dans Last Order. En effet ce dernier gagne en diversité des styles de combat grâce au nombre important des protagonistes, et on notera d’ailleurs que les style de combat vu dans Last Order sont des styles existant ou ayant existé revu à la sauce science fiction.
Idée développée/ Thème/Point de vue
Il est assez dur d’aborder ce genre de sujet tant chacun peut y trouver sa propre voie, ce que j’aborderai donc ici sera d’un point de vue très subjectif et
peu contenir de nombreux spoils, vous voila prévenu !
De plus je me limiterai dans leurs développements, ne voulant pas trop m’étaler par écrit et préférant vous laisser découvrir en profondeur.
Le premier thème pourrait être le désir de survie. Après tout, malgré les conditions de vie horribles dans la décharge, l’Humain continue d’y survivre se raccrochant à l’espoir et au petit bonheur qu’il peut trouver. Certains phénomènes de notre société sont ici présents mais de manière encore plus forte, les drogués fuyant le monde à la limite de l’overdose en pleine rue, l’oppression des faibles par les forts afin souvent que ces derniers prouvent leurs existences, le fait d’être aussi mauvais que le système afin d’y trouver sa place et d’y survivre.
Il est amusant aussi de voir comment dans Zalem, société pourtant dite idéale, déjà de par son dogme ou les enfants ne naissent plus naturellement (étant crées in vitro par des ordinateurs qui agencent leurs gènes de manière à créer des êtres les plus aboutis possible), que malgré toute cette perfection il ya toujours des déviances, à l’image d’Ido et autres citoyens jetés dans la décharge pour crimes (Nova ne comptant ici pas, car il a quitté Zalem de son plein gré), les gens finissent même par se suicider, pour preuve l’end-joy (machine à suicide) monument fondamentale de Zalem d’après le professeur Russel.
N’oublions pas aussi le fait que Zalem n’est qu’un laboratoire garantissant la paix de Jeru la spatiale. Que sur cette dernier tous les habitants sont truffés de nano machines qui empêchent le vieillissement et préservent de la mort, rendant la procréation hors la loi et transformant ceux que l’Humain à toujours chéri et protégé « sa progéniture » (les enfants) en chair à canon, en jouet pour des bains de sang meurtrier (un passage assez dur et très sombres de Last Order), ou encore comme les idéologies xénophobes et dépassées, comme le mouvement nazi peuvent apparaître au milieu des guerres coloniales de mars.
L’éternel recherche de soi que l’on peut voir au travers des multiples combats de Gally, le combat contre Jashugan étant pour moi le combat majeur de Gunnm, où Gally trouve un adversaire ayant le même but qu’elle, transcendant alors leurs êtres au travers du combat. A noter aussi que Jashugan est un monstre de charisme !
Les cas de conscience de Gally, qui par pur égoïsme veut sauver son amie Lou, mais dont la volonté vacille alors que cette action pourrai entrainer la chute de tout un système qui régit le peuple des colonies, ou encore lorsque pour continuer d’avancer, Gally est obligé d’affronter le Guntroll (Seul protecteur des enfants dans ce monde de cruauté).

Gally dans Last Order évolue sans cesse au niveau psychologique, torturée entre ses envies et les conséquences sur le reste du monde.
Bilan
L’œuvre Gunnm (englobe les deux séries) est donc bien plus que la simple histoire de Gally c’est aussi une certaine critique de notre société, et de ce qu’elle pourrait devenir, le tout servi par un graphisme maitrisé et recherché, des combats rythmés qui véhicule beaucoup sur le questionnement intérieur de ses participants, et la quête de soi.
Gunnm donc, une œuvre majeur de la SF et des univers cyber punk, qui mérite d’être reconnu, et qui assurément vous fera passer des moments forts. A découvrir ou à redécouvrir.

Premier vrai combat de Last Order, contre une tuned ayant touvé un raison de vivre.
Bibliographie :
Editeur japonais : Shueisha
Editeur français : Glénat
Collection : Seinen
- Gunnm (Grand format) 6 Tomes terminés
- Gunnm 9 Tomes terminés
- Gunnm Last Order 9 Tomes parus toujours en cours, au moment où l’article est écrit.