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Dragon Ball

Entreprise périlleuse – impossible pour certains – que d’apposer une quelconque critique sur l’œuvre, le chef d’œuvre, d’Akira Toriyama, auteur, idole fétiche d’une génération avouée, et créateur de « Dragon Ball ».
Prenant le simple risque d’énoncer une vérité commune à tous, Dragon Ball s’est imposé au fil des quarante deux volumes qui le composent, comme l’archétype du Shonen, une base inimitable en source absolue, perdue entre instrument profond de culte, et quintessence des censeurs refoulant gravement ce qu’ils baptisaient, « la japoniaiserie ».
Précurseur avant tout, l’auteur, passionné par les films de Jackie Chan, tenait entre ses mains l’idée d’un manga basé sur le kung-fu (Sous toutes formes), ornant un manga court du nom de Dragon Boy. Relativisant un succès admirable, il mit alors fin à Dr. Slump, afin de créer une nouvelle saga, mythe à part entière, Dragon Ball.
Sorti en 1984 dans le célèbre Weekly Shonen Jump, l’engouement devient alors phénoménal.
Devant un tel succès, et n’existant que par lui, l’auteur étouffe, ne pouvant plus se dépêtrer de la série, malgré quelques tentatives de récits annexes et l’aide de ses collaborateurs du studio Bird. Tentant de boucler la série après quatre longues années de succès, la maison d’édition Shueisha viendra rappeler l’auteur dans la continuité, vieillissant les protagonistes, et alourdissant les intrigues, semblant perdre quelque peu l’origine de la saga de vue.
Si la série chute dans les sondages dans un premier temps, elle trouve un second souffle avec la saga « Cyborg », et l’auteur mènera, tant bien que mal, l’histoire à terme, au sein d’un 42ème volume.
Parallèlement, le manga connaît son véritable essor dans l’adaptation en anime : Le 26 Février 1986, Dragon Ball débarque sur les petits écrans, sous la houlette du studio Toeï, mais c’est le 19 Avril 1989 que la série va alors véritablement exploser, avec la suite poussive de Dragon Ball, baptisé sobrement Dragon Ball 2 (Dragon Ball Zeto, dit Dragon Ball Z), entraînant une suite plus que discutable, sous l’appellation de Dragon Ball Great Touring (Ou Great Travel, dit Dragon Ball GT).
Véritable apothéose de la prolifération, le manga – vendu à plus de 15 millions d’exemplaires en France – se verra décliné, via son support anime, en de très nombreux produits dérivés. C’est ainsi que la franchise comptera dans ses branches plus d’une trentaine de jeux vidéo, des centaines de figurines différentes, des jeux de cartes, différents textiles, allant même jusqu’à monopoliser différents concerts, pour y jouer variablement des musiques ornant le support télévisuel, le tout contribuant à un renouvellement extraordinairement constant de sa popularité.

Car c’est un fait, et l’objet de cette (longue) énumération, avant d’être un manga, Dragon Ball est un phénomène, mainte fois critiqué, mainte fois copié, jamais égalé, une ode savoureuse à l’idéal aventuresque, au mélange sublimé des ingrédients typiquement shoneniens qu’il aurait confirmé, à travers les synonymes de victoire, de courage, d’entraînement, d’humour, de joie, de peine, d’amitié et d’affrontements, une force de la nature et une tranche de vie.
Le cœur en main, et le courage sanglotant, l’auteur cultissime de la série, remercie humblement son large public.
Conscient de l’entreprise incroyable qu’il a réalisé, il déclare mélancoliquement que « Je voudrais remercier tous ceux qui m'ont suivi et qui m'ont apporté leur soutien tout au long de l'aventure que fut Dragon Ball. Tout d'abord, merci à vous, fans du monde entier, merci pour vos nombreux encouragements, je vous dois énormément. Merci aussi à mes trois assistants (Torishima Tori, M.Kondo, M.Takeda), sans qui je n'aurais rien pu faire, aux éditions Shueisha et à tous ceux qui ont permis aux mangas, art books, anime (TV, vidéos et films) jeux, jeux-vidéo, produits dérivés, évènement... de voir le jour. Merci à ma femme, ma famille, mes amis, vous m'avez été d'un grand secours. Enfin merci à toi, Son Gokû, et à tous les autres personnages, bon vent à tous ! Grâce à vous tous, je suis un homme heureux. Encore une fois, merci du fond du cœur ! Encore un mot pour remercier les nombreux fans qui m'ont envoyé des lettres et même des cadeaux. Je n'ai malheureusement pas pu répondre à tout le monde. Je profite donc de cette occasion pour adresser à tous ceux que j'ai oubliés mes excuses les plus sincères. Au revoir..."
Akira Toriyama – Décembre 1995.



Synopsis : Partout dans le monde sont éparpillées les sept boules de cristal. Une fois réunies, elles permettent à leur détenteur d’invoquer le Dragon sacré, et de réaliser n’importe quel vœu.
Durant ses vacances scolaires, Bulma, une jeune femme, génie mais égoïste, va faire la rencontre de Son Gokû, étrange jeune garçon possédant une queue de singe et une force extraordinaire, vivant alors seul dans les montagnes.
Gokû possédant l’une des sept boules sacrées, ornée ici de quatre étoiles, cadeau de son défunt grand père, il devra alors partir à la recherche des six autres sphères étoilées, refusant d’offrir la sienne à la jeune compagne capricieuse.
Mais rien ne les présageait un périple d’une telle ampleur, ou petit à petit, prenant conscience du monde qui l’entoure, Son Gokû se retrouvera face à ses véritables origines…



Avis : Dragon Ball est sans conteste le plus grand représentant du Shonen, le manga le plus populaire, et l’une des bandes dessinées la plus vendue au monde. Appel de la popularité précédente, j’ai longuement hésité avant d’entamer le périple tortueux d’apposer une analyse détaillée sur l’un des engouements le plus spectaculaire de ces vingt dernières années. Et pour cause, en tout et pour tout ce qui suivra, cette longue prose ne viendra qu’agrémenter et flatter l’ego déjà proportionnellement démesuré de la légende mise en œuvre par maître Toriyama.
Dangereux constat, que celui de ne pas savoir par où commencer, perdu entre l’immensité et la richesse d’un univers bâti des mains dorées du mangaka, entre deux films passés en fond sonore.
S’il semble devoir s’intéresser au fond de l’Histoire de la longue et interminable saga, on se posera dans un premier temps sur la forme, puisqu’après tout, le support est ici aussi essentiel que la narration.
Ce faisant, la remarque est sans véritable appel, le coup de crayon de l’auteur est d’une rare efficacité. Si les premières aventures de Son Gokû adopteront dans un premier temps le style quelque peu arrondi de l’ancien Dr. Slump, le mangaka n’aura que le choix unilatéral d’opter par la suite pour un tracé profondément anguleux, dont l’objet clairement avoué était d’offrir – et c’est entièrement réussi – une dynamique rare et puissante, aux affrontements apocalyptiques qui feront rage dans la seconde partie du manga, baptisé Dragon Ball Z lors de son passage en animation.
On s’habitue rapidement à une finesse impressionnante dont fait preuve Toriyama, à tel point qu’on finirait par ne pas remarquer l’absence de trames, pourtant outrancièrement utilisées dans les productions actuelles. Et c’est un autre point positif, le manga vieillit parfaitement bien, se distinguant des techniquement dépassés Albator, Ranma ½ et City Hunter, et sa qualité viendra se démarquer des mangas contemporains, souvent délaissés (On se souviendra notamment à ce propos de Hunter X Hunter).
Mais la véritable attractivité graphique de Dragon Ball, c’est sa lisibilité, absolument primordiale au cours de l’œuvre entière. Si en effet, la première partie du manga laisse la belle part aux superbes paysages ornant le monde de Dragon Ball, les nombreux combats y prenant place, d’autant plus dans la seconde partie, ne souffriront à aucun moment du syndrome de « Je ne sais pas ce qui se passe, mais ça a l’air rudement mauvais/bien ».
Ici, les très abondantes chorégraphies, fantaisistes et spectaculaires, ne cesseront d’être précises, afin de permettre au lecteur de suivre pas à pas, les choix tactiques et aventureux des différents protagonistes de l’Histoire.
Et heureusement, puisque la seconde partie du manga fera la part belle aux affrontements réguliers et titanesques, de plus en plus violents et destructeurs, entre les différents personnages, qui, bien que de plus en plus rythmés, rapides, et agressifs, ne sacrifieront jamais la lecture aisée des différentes cases.
Le coté obligatoirement spectaculaire – et jusque là totalement inégalé – des combats, n’aura d’égal quand la richesse et la profondeur dont disposent le manga. Loin des tentatives éprouvantes des autres mangakas, Toriyama accomplit à lui seul un rêve d’auteur, la confection difficile – quasiment mission impossible – d’un univers globalement cohérent, et notamment vivant. Si les premières aventures de Son Gokû se déroulent notamment sur Terre, le jeune héros à queue de singe devra aussitôt grandir, découvrir un univers bien plus vaste, regorgeant d’ennemis belliqueux, où il devra notamment combattre ses origines. De Namek au Paradis, de la Tour Karine au Chemin du serpent, l’auteur ne cesse de nous impressionner à travers des architectures de plus en plus variés et fournies (Et par voie de conséquence, dans un souci de jouissance, d’autant plus destructibles).

Participant à des environnements tous plus divers les uns que les autres, on retiendra notamment les différents éléments absolument délirants prenant place avec une simplicité à faire pâlir les productions modernes.
En tant qu’aisance absolue, tous les objets, habitations, et véhicules du monde de Dragon Ball sont notamment transportables à l’aide de mini capsules. Autres singularités, directement tiré de la légende originale dont Dragon Ball est (très) librement inspiré, le jeune Son Gokû parcourra le monde à l’aide d’un bâton magique pouvant s’étirer à volonté, voguant sur un nuage pouvant déceler la pureté de chaque être. Enfin, et on y reviendra, le manga laisse la part belle aux sept boules de cristal, essence même de la série, permettant une fois réunie, de réaliser un vœu auprès d’un dragon sacré.
Autre point audacieux, on reconnaîtra sans cesse ici le chara-design fantastique de l’auteur, à mi-chemin entre parodie et grand sérieux, participant au charme global du manga.
Que ce soit le peuple des Nameks, vert et pacifique, le peuple des Saïyens, fiers et belliqueux, aux cheveux noirs hérissés et à la queue de singe longeant le bas du dos, ou encore le personnel du monde des morts et ses mini cornes plantées sur une tête et un corps énorme, le gigantisme du délire visuel n’a d’adéquation que l’impression forte que dégage les personnages. On en viendrait presque à craindre Vegeta, à cajoler le jeune Son Gohan, ou se laisser vaillamment intriguer par le mystérieux Piccolo.
Enfin, toujours coté forme, le pari tenu de Dragon Ball y était d’exposer des personnages de plus en plus forts, et de plus en plus impressionnants. Force est de constater que maîtrisant le cadrage et l’aspect cinématographique comme personne, l’auteur parvient à imposer visuellement cette suprématie de ses différents protagonistes, à travers des techniques toutes plus loufoques et monstrueuses les unes que les autres, visibles de par de gigantesques boules de feu toutes plus variées, une nouvelle fois, les unes que les autres, ou encore de par des destructions de décors hallucinantes de saccage, les planètes finissant, en fin de série, tout bonnement par disparaître de l’univers.
Si les conditions de forme semblent être d’une rare efficacité, on s’intéressera dès lors aux différentes conditions de fond, car Dragon Ball est avant tout une histoire, une aventure, celle d’un périple, d’une quête hors du commun, d’un jeune garçon de 12 ans parcourant le monde à la recherche des sept boules de cristal.
Si le scénario peut globalement, au long des 42 volumes, se répéter pour certains avis, il n’en est néanmoins pas le cas, participant a alors à un formalisme, une coupure nette entre deux parties, à laquelle vient se greffer une troisième partie, qui non pas inutile, ne viendra que satisfaire les différents fans de la première et de la deuxième heure.
En effet, le premier cycle est alors consacré à l’enfance de Son Gokû, sa quête, son apprentissage, à travers la découverte de ses amis, l’amenant à prendre conscience progressivement qu’il fait parti des nombreux humains, et qu’il ne veut plus vivre seul. Chemin faisant, et s’attachant à cette nouvelle vie, s’ouvre alors le second cycle, intervenant après le mariage de Son Gokû, où celui-ci devra combattre ses propres origines afin de défendre ceux qui l’ont accepté, à savoir plus généralement l’humanité. Puis, après avoir atteint le point culminant de l’univers, il va prendre peu à peu conscience de sa propre mortalité, et de son devoir de confier, à la génération suivante, la sauvegarde de l’humanité, le tout se clôturant alors à la fin de la saga Cyborg, la saga Boo n’offrant qu’un palliatif de consolation, qui bien que de qualité, et marquant un mélange des sources du manga tant attendu, n’apportera vraisemblablement rien à la quête de Son Gokû, si ce n’est sa continuité dans la formation de la future génération.
L’autre point essentiel de la mise en fond de Dragon Ball, est sans conteste les différents caractères offerts aux personnages, car ici, loin d’un grand destin, ce sont bien les protagonistes qui mènent l’histoire.
C’est ainsi que la première partie de la saga se retrouve davantage orientée vers l’humour – même si les multiples combats gardent une certaine présence – à travers fortement la crédulité de Son Gokû, l’humour graveleux de Tortue Génial, la phobie de Yamcha, les pulsions d’Oolong ou encore la présence suffisante de Krillin, dans les entraînements matinaux avec son compère aux cheveux hérissés.
Bien que l’humour ne disparaisse pas par la suite, la seconde partie se posera nettement dans une direction différente, via une intrigue vraisemblablement alourdie, et un background des personnages nettement plus importants, notamment dans la découverte par Son Gokû de ses origines extraterrestres.
Enfin, dans le troisième cycle qui n’en est, je le rappelle, pas vraiment un, le manga laisse la belle part à Son Gohan pendant un moment, permettant de creuser davantage le personnage et de l’affubler d’une compagne. Cet effort de socialisation des personnages, et de liberté, se distingue vraisemblablement des autres mangas, qui n’ont pour cessent que de fonctionner dans la continuité d’une histoire dirigiste et parfois malvenue (Cf. Naruto).
Concernant les sagas intrinsèquement, celle-ci sont parfaitement découpées, pour une meilleure identification. Si on regrettera la longueur de la saga Freezer, et la (très) relative inutilité cyclique de la saga Boo, on appréciera néanmoins l’effort de cohérence et de découlements successifs dont a fait preuve l’auteur pour, tant bien que mal, tenter de nous proposer un univers solide. Et c’est là que Dragon Ball, une nouvelle fois, s’enrichit, en proposant alternativement des backgrounds pour une majorité de civilisation, et c’est ainsi que le peuple Namek se voit offrir une crédibilité bienvenue notamment dans la première saga précitée.
Centre mère et plaque tournante de Dragon Ball, les sept boules de cristal deviennent un élément récurrent dans la série, à tel point que l’on finirait par regretter, parfois, une utilisation trop conséquente et abusive, même si logique, de leur capacité à autoriser un vœu, l’auteur reliant habilement les sept sphères cristallines, au peuple précédent.
Rien n’est laissé au hasard, et ce n’est pas la galerie de personnages secondaires, absolument bluffante en nombre et en qualité, qui viendra ici contredire ce point.
Cette cohérence tolérée, permettra de participer à l’élan progressif de dépassement illimité des héros de leur propre potentiel, source de critique ou d’admiration de la plupart des fans.
Et malgré une longueur parfois poussive, une action peut être trop permissive, et quelques aléas regrettables – car rien n’est parfait – Dragon Ball est sans conteste la plus grande œuvre japonaise à avoir foulé le sol. Que l’on accroche ou non, nul ne peut contester l’extraordinaire travail fourni par Akira Toriyama.
Et si cette analyse partisane, peut paraître longue en contenu, elle omet sans cesse des dizaines de réflexions toutes plus passionnantes les une que les autres. Comment pourrais-t-on, après tout, passer à coté des différentes transformations des personnages via la découverte, mythique et culte, du Super Saïyen, des évolutions caractéristiques dont ils font preuves, de la dualité entre Son Gokû et son opposé Vegeta, des habitants terriens tous plus loufoques les uns que les autres, du système totalement délirant du monde des morts, des fusions, du Ruban Rouge, des amis de Son Gokû, du grandissement physique et moral de ce dernier, ou encore des multiples et inénarrables moments clés de la saga, qui ne cessent de faire rêver.
Véritable modernisation des chevaliers de la table ronde, de la légèreté d’un jeune garçon à la réflexion sur l’avenir de l’adulte, d’affrontements entre amis aux combats titanesques ayant pour enjeu l’univers tout entier, Dragon Ball est davantage qu’un Shonen. Ode à la finition, et procurant un plaisir jusque là inavouable, maître Toriyama a trouvé la recette infaillible de ce que l’on pourrait quasiment définir comme un classique, le public se renouvelant sans cesse, encore et sans doute pour toujours, Dragon Ball touchant alors, d’un doigt de fée, à l’intemporalité et l’universalité.
Au revoir, Son Gokû !



écrit par Nunya

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