Nos amis les terriens
Un film français de Bernard Werber avec Pierre Arditi, Audrey Dana, Boris Ventura Diaz
Genre : Fantastique - Durée : 1H25 mn
Sortie le
18 Avril 2007
Auteur du célèbre « Fourmis », Bernard Werber se faisait inlassablement attendre sur grand écran, après les deux courts métrages oubliés, « la Reine de nacre » et « Nos amis les humains ». Et si ce dernier s’inspirait de l’un de ses romans à succès, « Nos amis les terriens » formule alors une production scénaristique originale, réalisée exclusivement pour le cinéma.
"À la base il y a cette question : "Qui sommes-nous ?", explique l'écrivain cinéaste. Elle se posait déjà dans "Les Fourmis" ou dans "L'Empire des Anges". La seule manière d'y répondre était de placer le regard autour de l'homme. Dans "Les Fourmis" c'est l'infiniment petit qui nous regarde. Dans "L'Empire des Anges", ce sont les anges qui nous regardent d'en haut. Dans la série des extraterrestres, j'ai voulu placer la caméra au plus loin, au téléobjectif », avec cet objectif de « trouver une perspective non humaine pour parler de nous, un miroir plus ou moins déformant selon sa position et son angle. C'est vraiment une recherche sur l'homme ; j'ai essayé d'en sortir tout ce que je pouvais. Vous partez de l'homme et de la femme, une sorte d'Adam et Ève et vous "creusez" la notion de couple. Vous l'explorez au travers de ses peurs, de ses fantasmes mais à aucun moment il n'est question de religion. »
Présenté lors du Festival des Films du Monde à Montréal en 2006, « Nos amis les terriens » prenait alors l’étrange pari de réaliser un documentaire sur l’Homme, dans sa plus naturelle présentation, rappelant le très physique « The Mating Habits of the Earthbound Human », de Jeff Abugov.
Audacieux choix que de se poser sur les différentes joutes humaines de couples qui se font et se défont, entre pulsions sexuelles et description d’une caste de dominants, Bernard Werber semblait vouloir relever le défi de s’intégrer dans le cercle très fermé des films documentaires, à l’aide d’une docufiction extraterrestre risquée, et d’une ambition démesurée. Appuyé par Boris Ventura Diaz, Annelise Hesme, Audrey Dana, ou encore la voix off de l’habitué – et très présent – Pierre Arditi, l’œuvre, produite par le non manquant Claude Lelouch, sera nominée dans la catégorie « Plus mauvais film à sortir en 2007, dont on suppose ou souhaite qu'il ne "rencontrera pas son public" » des très officieux Gérard du cinéma et autres Défaites de la musique 2007.
Et c’est finalement à juste titre, que le film déçoit, de par son extraordinaire prétention, formulant un lancement risqué – et raté – au cinéma, pour le faux romancier en mal d’amour, qui tant bien que mal, ne produit avec « Nos amis les terriens », qu’un énième navet de l’année 2007.
Synopsis : Documentaire extraterrestre, Nos amis les terriens se pose sur l’étude des comportements terriens, à travers deux couples tests particulièrement étudiés, l’un dans son habitat naturel, l’autre en captivité […]
Avis : Après une pseudo-révolution de la littérature, au sein de laquelle les fourmis peuvent tant bien que mal chanter le Rock’n Roll, le très prolifique Bernard Weber vient illustrer de son fabuleux talent le 7ème art. L'Auteur se met humblement à la place d'extra-terrestres ultra-évolués et tente de dresser habilement le portait définitif de l'humanité sous la forme d'un documentaire animalier.
Produit par le très rancunier Claude Lelouch, le film est donc exactement ce dont on était en droit d’attendre : Une immense farce, au résultat navrant de crédulité et de prétention déglutissante, que le réalisateur viendra défendre dans un sursaut de lucidité, en balançant à tour de bras différentes explications transparentes pour sauver ce qui s’affiche déjà comme d’une pitié incommensurable.
Premier constat, le film est avant tout hideux. Si on savait que le DV sur grand écran ne faisait par jouir le globe oculaire, on était en droit d’attendre une photo légèrement plus sophistiquée, celle-ci étant ici particulièrement sauvage et agressive. Dans son bon vouloir d’universalité, le très reculé Weber ne quittera pas la banlieue parisienne, d’une part finalement bien peu cher, d’autre part trop inconstant, et ne risquera de s’aventurer, entre deux propos masturbatoires, dans les paysages grandioses et fouillés de la forêt de Fontainebleau.
Clichesque à souhait, et d’une rare incohérence, l’intrigue simpliste du film pose l’étude lambda de la population humaine et parisienne, par une troupe d’extraterrestre surévolué, qui n’aura de cesse que de décortiquer chaque mouvement et position sexuelle assimilée. Amusant durant une dizaine de minutes, le film perd toute crédibilité par la suite. Outre une analogie blagueuse et inintéressante, on comprend nettement très mal que cette race spatiale overbookée ne semble pas comprendre un traitre mot et geste de l’humanité, passant à l’occasion pour des staracadémiciens en chaleur, un soir de Derrick. Dommage que le port de la contraception sexuelle ait été considéré comme une sélection des futures progénitures. Irritant pour le spectateur – simplement pris pour un imbécile – et pour le film – qui perd par là tout son intérêt -, ce n’est pas la voix off grinçante et particulièrement monocorde d’un Pierre Arditi sarcastique qui viendra relever d’un répit bien mérité.
Concentré de philosophie de bistrot, teintée d’incompétence notoire, le film viendra sans cesse mâcher indéfiniment pour le spectateur – décidemment complètement abruti – une morale/explication/propagande/perte de temps tronquée, souvent risible, rigolarde et à bout de souffle, qui vient rapidement faire regretter nos amis les terriens d’avoir payé nos amis les guichetiers afin d’obtenir sa place malencontreusement choisie de cinéma.
Pire encore, le film se targue de ce qu’il n’aurait pas du être compte tenu des protagonistes reporters, empli de superficialité. En effet, on hallucine très rapidement devant le changement de partenaires ridiculement rapide (et animalier) dont font preuves les humains jaugés extérieurs, extérieur dépourvu de la globalité des notions d’amour, de gouvernance, de moralité, de communication approfondie, et de toute une myriade de points essentiels absents incompréhensiblement aux yeux du réalisateur. De même, on est admiratif devant la capacité de réactivité proche de zéro des humains observés en captivité, et du niveau du relationnel de ceux-ci.
Concernant les acteurs, la directive est claire et nette, puisque ce ceux-ci fournissent sans cesse des efforts spectaculaires pour faire semblant de ne pas jouer. Dans le jargon, on appelle ça être naturel. Evidemment, ça ne passe pas, et on est très rapidement gavé par ce déluge de sous performance, le tout participant à l’objectif clairement avoué du film, l’animalisation (complètement chaotique et à coté de la plaque) de l’humanité.
Nos amis les terriens s’enfonce alors lamentablement dans une hallucinante prétention, qui lasse à un point peu convenu de nerditude ambiante, perdu entre photo immonde, acteurs profondément lamentables, mais surtout orne fièrement et dans l’air du temps, une étude incroyablement niaise et frigide des Terriens stupidement parisiens, sur fond d’une philosophie plate et pathétique.
On repassera.
Intérêt global du film : 0,5/5 (Et encore, c’est parce qu’il faut être gentil)