Contre enquête
Un film français de Franck Mancuso avec Jean Dujardin, Laurent Lucas, Agnès Blanchot, Jean-Pierre Cassel
Genre : Polar - Durée : 1H25 mn
Sortie le
7 Mars 2007.
Difficile d’attendre quelque chose de vraisemblablement valable du cinéma français de ces dernières années, sans esquisser un petit rictus. Las de cette faculté indissociable de gâcher systématiquement des potentiels présents, les réalisateurs francophones sombrent alors depuis peu dans l’avalanche de comédies potaches beaufisantes, au succès effarant, quand bien même la qualité douteuse se ferait ressentir dès les premières images du (casting) générique, le tout saupoudré de taxis blanchâtres à l’accent marqué.
Et c’est bien malgré quelques tentatives de « revivals » que le polar sombrait définitivement dans les oublis du cinéma français, aussi bien par manque d’acteur que de crédibilité, accentués par une production excessive du polar télévisé rigolo. Contre enquête intervient donc à contre emploi de cette ligne droite à sens unique.
Difficile d’être acerbement critique envers ce que semblait être ce survivant des belles années, orné d’un casting aguicheur, de part la présence d’un Jean Dujardin revigoré (Auparavant étonnant d’efficacité dans « Le Convoyeur »), d’un Laurent Lucas en prestation solo, et d’un réalisateur très porté sur l’enjeu (Franck Mancuso, à la fois coscénariste de 36, quai des orfèvres, et titulaire d’une longue carrière dans la police judiciaire et la brigade des stupéfiants), auquel se pose (et se surexpose), un thème toujours très actuel fournissant un scénario idéal, d’un tueur pédophile et d’un capitaine de la Crim’ touché de plein fouet.
C’est donc plein de promesses en coussin sur lesquels se posent tranquillement Contre-enquête, qui, malgré le gigantisme de la déception liée à la naïveté du débutant Mancuso, viendra nous recroiser les doigts, et ouvrir de nouveau les portes d’un retour, tant attendu, du vrai polar à la française.
Synopsis : Malinowski est capitaine à la Crim. Apprécié par ses collèges et compétent, le jeune capitaine s’épanouit librement, tiraillé entre son amour pour sa femme et sa fille de neuf ans.
Un jour, s’absentant pour sa profession, Malinowski retrouvera, via ses collègues, sa fille, assassinée et violée. Peu de temps après, un homme est arrêté et condamné. Mais si l’affaire semblait alors classée, le père commence néanmoins à douter, à forte raison suite à une correspondante troublante avec le condamné…
Avis : Contre enquête, c’est un peu cette survivance d’une qualité semblant perdue du cinéma français, servi ici bas par une belle brochette de gueule du genre.
Si on peut s’étonner (et fortement apprécier) du choix d’un Dujardin remplaçant des loubards habituels, le réalisateur s’explique par l’« envie d'aller vers quelqu'un capable de véhiculer suffisamment d'émotion, mais qu'on n'ait jamais vu dans ce type de rôle. Depuis sa prestation dans Le Convoyeur, je savais que Jean avait ce potentiel. Après l'avoir rencontré, j'en ai eu la confirmation. Sur bien des points, humainement, je me suis reconnu en lui. Je crois qu'il aurait fait un bon flic ».
Il est vrai en effet qu’on se lassait très fortement d’apercevoir, tant bien que mal, l’acteur principal, dans des navets particulièrement fort de notre cinéma français, perdu entre surfeur décoloré et daltons du pauvre. Cruellement sous exploité, l’acteur livre ici une superbe prestation ouvrant une fenêtre sur l’étendue de sa palette d’expressions, et c’est en toute sincérité, après un stage passionné au 36, qu’il en revient méconnaissable dans un rôle, pourtant très difficile, d’un père brisé par le viol et la mort de sa jeune fille. Rare auront été les acteurs francophones transmettant avec autant de brio cette angoisse permanente du doute.
L’opposition n’est pas en reste, avec un Laurent Lucas glacial dans sa prestation, à tel point que l’on ne souhaiterait ne jamais le rencontrer dans une sombre ruelle au clair de lune.
Opposition telle que les rôles secondaires manquent volontairement de prestances, à même point que la fantomatique Agnès Blanchot finirait par se faire intégralement oublié, dans les méandres du scénario.
Et c’est avec un regret tout particulier et affectueux que l’on constate que, si les performances de jeu d’acteur relèvent aisément une barre au sommet, il n’en est pas le cas du scénario, malheureusement insipide et prévisible.
Prévisible, à tel point que le twist final, ou cliffhanger du pauvre, ne surprendra personne, et ne s’offrira comme ultime intérêt que de saper, très fortement, la morale du film. Cette intrigue à double fond, dont les ingrédients multivitaminés semblaient succulents, finit par alors par s’enfermer dans un huit-clôt (trop) lent, dont on attend patiemment ce dénouement que l’on connaît déjà, eu égard notamment à la durée minimaliste de la production. On en finirait par suivre malheureusement ce capitaine viscéralement foutu, sans une once de compassion pour un déroulement basiquement déjà en tête, malgré une prestation pourtant exceptionnelle.
Mais outre le scénario finalement habituel, c’est notamment la réalisation qui empêche à Contre enquête d’accéder au panthéon des survivors des polars français de qualité. Maladroit, naïf, parfois ennuyeux, le réalisateur s’emmêle rapidement dans une mise en scène téléfilmique que l’on se refusait d’attendre, fournissant au film un très amer goût de Navarro bis, à plus forte raison lorsque les échanges entre les différents protagonistes manquent violemment d’une crédibilité et d’un naturel réclamé.
Si Contre enquête reste avant tout un drame humain et poignant, parfaitement épuré, on regrettera la trop grande crédulité du réalisateur, gâchant fortement, ce qui aurait pu être, espoir en main, le renouveau du polar à la française.
Intérêt global du film : 2/5