The Fountain
Un film américain de Darren Aronofsky avec Hugh Jackman, Rachel Weisz
Genre : Drame/Fantastique - Durée : 1H36 mn
Sortie le
27 Décembre 2006.
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Au printemps 1999, ça commençait à me démanger. Requiem for a Dream était fini, mais pas encore sorti. J'avais déjà hâte de me remettre à la machine à écrire. Le XXIème siècle s'approchait dangereusement, et je me demandais à quoi pourrait bien ressembler la SF,maintenant que nous étions le Futur. L'immortalité de mes 20 ans s'éloignait et les histoires évoquant la quête de la fontaine de jouvence me tournaient dans la tête. D'un seul coup, la vie éternelle montrait des failles, des gens que j'aimais faisaient face aux vrais problèmes de la vie, de la mort et de l'amour. Je me suis mis à écrire innocemment, sur ce que je ressentais et sur ce dont je faisais l'expérience. J'étais loin de me douter alors que mon équipe et moi-même allions passer l'essentiel de nos trentaines à nous battre avec Hollywood pour que The Fountain puisse se faire."
Si Darren Aronofsky soulignait son envie évidente de produire « The Fountain », c’était sans compter la difficulté incessante d’éviter les foudres précitées.
Lâchement abandonné par Brad Pitt, durant la phrase de pré production, de par un différend artistique et l’envie pour ce dernier d’accéder au tournage de Troie, le projet maudit « The Fountain » a alors été mis sous silence durant deux ans, connaissant une véritable traversée du désert, avant de revoir le jour avec un budget quasiment divisé par trois. Darren Aronofsky s'est alors tourné vers sa compagne Rachel Weisz et l'acteur Hugh Jackman pour reprendre les rôles principaux de Tom et Izzi.
Depuis une plongée ahurissante au cœur de l’addiction, au sein du puissant et passionnel Requiem For A Dream, ou suite à l’irréaliste et délirant Pi, les admirateurs du réalisateur attendaient patiemment le retour du fils prodigue, agonisant, à travers ses différentes défections, notamment via le projet Batman : Year One.
Et c’est avec un The Fountain nouvellement modelé et renégocié, que les salles obscures ont vibrées au rythme de l’immortalité.
Culte, OVNI et sublime pour certains, répulsif au possible et ragoutant pour d’autres, le dernier chef d’œuvre d’Aronofsky ne manquera néanmoins pas de marquer le cinéma, faisant fi des convenances, marquant d’une emprunte dorée la S-F actuelle, et future. Générationnel.
Synopsis : The Fountain est une odyssée à travers les âges, d’un homme pour sauver la femme qu’il aime.
Au XVIème siècle, le conquistador Tomas suit la quête de l’arbre de la vie, entité légendaire matérialisant la fontaine de jouvence, censée apporter la vie éternelle à ceux qui en boivent la sève.
De nos jours, Tommy, jeune scientifique, lutte désespérément pour trouver un traitement capable de guérir le cancer de son épouse en phase terminale.
Au XXVIème siècle, Tom, un astronaute, vogue dans l’espace, et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent.
Trois envolées, trois histoires, trois espaces, convergeant vers une seule vérité, à travers la mort, l’amour et la renaissance.
Avis : Inutile de dire que, dans un élan d’affection pour le réalisateur coup de point de Requiem For a Dream, il ne pouvait être qu’impossible de ne pas s’impatienter devant les différents frasques du génie, en attendant le long et difficile cheminement du projet The Fountain.
Le premier choc aronofskyien, est sans conteste cette répartition tripartite éclatante du film. Que ce soit à travers les yeux d’un Conquistador face aux Mayas, d’un jeune médecin voulant sauver sa femme en phase terminale ou d’un astronaute recherchant une chimère étoilée, c’est à travers ces trois époques, ces trois espaces temps et mentaux, ces trois mythologies, que le film dévoile toute sa complexité, sous couvert d’une histoire d’amour simple à trois visages, dont la finalité amène à une réflexion sur notre capacité d’acceptation de l’éternelle mort qui surplombe chaque vie.
Les transitions entre chaque plan sont à proprement dites ahurissantes d’efficacité, voguant entre les coupures nettes, des informations logiques, ou encore de fabuleux gros plan au détail prêt.
Infernalement doué, et désarmant de sincérité, le réalisateur découpe le film tel une grosse poupée russe, qui ne trouve refuge que dans le déluge final.
Si l’œuvre se veut sobre dans la forme, c’est à travers un travail de fourmis que la mise en image se révèle être impressionnante. Soutenu par le très talentueux et fidèle Clint Mansell à la composition, l’image sans cesse retravaillée du film, sur fond jaune apaisant, offre une présentation visuelle sans précédent. Les plans sont superbes, la vitalité crève l’écran, et la sincérité déborde goulûment sur le spectateur, lambda. Les tons lourds, accentués, et oniriques du fond sonore ne font que participer à accroire cette transmission de sentiments voluptueux.
L’émotion, voilà le centre mère de The Fountain. Tout participe à chambouler le petit monde visuel et auditif du cinéma, en proposant, sans fioritures, une expérience magique, proche (ou en plein dedans), du chef d’œuvre.
Outre l’image et le son, le troisième point fort de cette mouture moderne de la réflexion sur l’éternité, est sans conteste le scénario, tantôt simple, tantôt alambiquée, parfois limpide, parfois abscond, suffisamment fermé pour comprendre la trame, mais tellement ouvert pour permettre au spectateur de rêver à des envolées philosophiques et métaphysiques.
Mais c’est l’interprétation si particulière des descriptions scénaristiques qui fait que The Fountain est ce qu’il est. On en viendrait presque à avoir toujours souhaité le départ prématuré de Brad Pitt, pour rejoindre le blockbuster sans âme Troie. Et pour cause, la prestation de Hugh Jackman est tout bonnement spectaculaire. On imaginait mal, à l’annonce de son choix, un Wolverine affectueux, bien que son jeu d’acteur dans Scoop laissait espérer un peu plus d’émotivité dans son interprétation.
L’extraordinaire densité qu’il fournit au personnage en titre de l’œuvre, lui offrirait presque l’un des rôles (Le rôle ?) de sa vie, tant le travail effectué sur l’ambiguïté et la prestance de l’acteur/protagoniste semble avoir été monstrueux. Rachel Weisz, autrement dit Madame Aronofsky, n’est pas en reste, instaurant un trouble latent particulièrement touchant, à la fois pour son partenaire à l’écran, que pour ses partenaires devant l’écran.
C’est alors dans un final hallucinant et halluciné, que le film dévoile son ultime, et déchirant message.
On ressort de la salle abasourdi, léché, embobiné royalement par le prodigieux réalisateur.
Cette critique, entièrement subjective et partisane, n’aura pour cesse que de conclure sur l’évidence même de The Fountain.
Méritant une ovation, omise par la critique, The Fountain est un chef d’œuvre de la S.F, le 2001 (
L’Odyssée de l’espace) de notre génération. Passer à coté priverait d’une des œuvres les plus fascinantes à avoir foulé les salles depuis très longtemps.
Effarant.
Intérêt global du film : 5/5 (et plus si affinités...)